Les plans Trudaine en Bas-Quercy, au XVIIIe siècle 

 

Aux Archives nationales, des plans de la généralité de Montauban dits « Plan Trudaine » représentent les nouvelles routes construites à travers le Quercy et le Rouergue, sous l’égide des intendants, au XVIIIe siècle. Il s’agit de véritables petits tableaux peints - 65 au total – dont 24 représentent la route de Cressenssac à Montauban, et 41 d’Albias à Millau. Les plans qu’a fait dresser, vers 1750, l’intendant Lescalopier, un disciple de Trudaine, offrent un aperçu paysager qui s’apparente étonnamment à une vue aérienne. Par leur précision, ils permettent de mettre en évidence les trajets parfaitement rectilignes que les ingénieurs de l'administration royale ont volontairement choisis pour ces nouveaux axes routiers.

Les plans Trudaine ont été dressés à l’occasion des grands travaux de voirie pour l’aménagement des axes de Paris-Toulouse et de Montauban à Millau à la fin du XVIII° siècle

Ils figurent les nouvelles routes au tracé rectiligne et témoignent de la volonté monarchique d’avoir une meilleure maîtrise du royaume. Ces nouvelles routes ont été empierrées ou pavées, légèrement bombées, bordées d’arbres et longées par des fossés latéraux.

L’axe Est-Ouest relie Millau à Montauban, et, hormis la traversée de Caussade, de Caylus et de Villefranche-de-Rouergue, la route offre de grandes lignes droites et elle évite la traversée des villages comme Septfonds : « elle obéit presqu’à une logique autoroutière » comme l’a écrit Claude Harmelle. Les plans de Trudaine démontrent la volonté des ingénieurs et de l'administration des Ponts et chaussées de rationaliser la représentation de l’espace. Leur figuration schématique et colorée est similaire à d’autres plans tracés, au cours du XVIIIème siècle, par les féodistes ou les agrimenseurs pour représenter les découpages des fiefs dont les seigneurs soucieux de revaloriser leurs rentes leur passent la commande, comme l’Atlas des plans des fiefs du chapitre de Montpezat-de-Quercy, un recueil de 40 plans illustrés réalisés, en 1771.

 

Extrait du plan de Caussade

 

Dans le détail, ces plans très précis permettent de représenter les villes traversées ainsi que les paysages des campagnes. Par exemple, celui de Caussade, confirme le plan concentrique médiéval de la cité. Au centre, on retrouve l’église (le château voisin a déjà disparu au XVIIIe siècle), autour de laquelle s’est formé un bourg, clos par une première enceinte circulaire au XIIème siècle. Cette enceinte a elle-même été gagnée par de nouvelles constructions. C’est ainsi que naquirent des faubourgs. L’emplacement de ces fossés est rappelé par les boulevards plantés d’arbres qui commencent à apparaître alors que la ville continue de s’accroître, au-delà de cette esplanade plantée de platanes.

 

Plan de Septfonds

 

 

Plan de Caylus

La photo du plan de Caylus permet de retrouver le plan de cette ville au XVIIIe siècle, avec la construction de la nouvelle route dont on distingue la descente et le tracé à la place de l’ancien rempart. Une seule construction apparaît, alors, à gauche de cette route. Tout autour de Caylus sont figurés les jardins et les vignes.

 

On retrouve l'intégralité des atlas Trudaine sur le site Internet du Caran (Archives nationales à Paris), ils sont cotés : CP/F/14/*8443 à 8507. http://www.culture.gouv.fr/documentation/archim/atlasdetrudaine.htm.

Les atlas de la généralité de Montauban (Quercy et Rouergue) se trouvent aux Archives nationales sous la cote : F 14* 8489. J’ai pu les consulter, en 1995, au temps où il était possible  d’en faire des photos dans un studio du Caran, mis à la disposition des chercheurs. Toutes les photos présentées ici sont faites à partir de négatifs de type argentique récemment numérisés. Mon travail de recherches sur les atlas Trudaine a été en partie repris dans « Réseau routier et « ouverture » du monde rural en Quercy, entre 1780 et 1850 », une communication que j’ai faite lors de la rencontre interdisciplinaire des 16, 17 et 18 novembre 1997 à Toulouse, A la conquête de l’espace : les révolutions des transports, actes publiés sous la direction de Philippe Delvit et Michel Taillefer, Toulouse, Presses Universitaires des Sciences Sociales, 1998, p. 11-22.

Voir mon article récent paru dans le Bulletin de la Société Archéologique et historique de Tarn-et-Garonne, tome CXXXV, 2010, p. 9 à 17